Producteur
Interview d'Anthony Rey
Anthony est producteur et fondateur de la société de production Helicotronc à Bruxelles.
Quelle formation avez-vous suivie?
J’ai fait l’INRACI, en section cinématographie. Au sein de cette section, il n’y a pas de spécification. On choisit un rôle en fonction des projets. Pour ma part, j’ai essentiellement fait de l’assistanat en réalisation et de la production. En secondaire, j’étais en France, où je n’ai pas eu le bac. J’ai travaillé un peu, fait mon service militaire puis je suis retourné en Belgique où j’ai repris des études à Braine-l’Alleud pour obtenir mon CESS. J’étais en math-bio.
Quel est votre parcours professionnel?
En rentrant à
l’INRACI, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire
dans le cinéma.
Au fur et à mesure de la formation, j’ai pris
goût à tout ce qui était organisation,
logistique, etc. En sortant de l’INRACI, j’ai fait
beaucoup de régie générale sur des
courts métrages et j’étais aussi un des
nombreux régisseurs sur le tournage de grosses pubs ou
autres. Petit à petit, j’ai commencé
à faire de l’assistanat en production, puis de la
direction de production de courts métrages et de longs
métrages. J’ai ensuite créé
une société de production qui s’appelle
«Hélicotronc» car, avec
d’autres personnes de l’INRACI, on avait envie de
pouvoir produire nos propres films.
Quel était votre rôle en tant que régisseur général?
La régie
générale comprend tout ce qui est logistique,
organisationnel sur un tournage: autorisations, gestion de plateau,
nourriture, transports… Le régisseur
général doit organiser tout ça. Il est
responsable du «bien-être» de
l’équipe.
En quoi consiste exactement la production de films?
On distingue deux choses: la production exécutive et la production dite «déléguée». La production exécutive est plus technique. C’est un directeur de production qui est engagé spécifiquement pour organiser un tournage en particulier tandis que le producteur délégué occupe une place plus artistique. Il choisit un projet, il va travailler avec l’auteur pour aller plus loin dans l’écriture. Il est là dès le début du projet qu’il choisit de produire et pour lequel il cherchera des financements et accompagnera le réalisateur tout au long du processus de fabrication du film. Cependant, chaque producteur a sa manière de voir son travail, de produire.
Est-ce que ce sont souvent les réalisateurs qui viennent vers vous?
Il y a les deux cas.
Pour ma part, j’ai créé
«Hélicotronc» car j’avais
envie de produire deux réalisateurs en particulier (Olivier
Tollet et Jean-Julien Collette) qui étaient avec moi
à l’INRACI. Je vais aussi voir les films de fin
d’année à l’IAD, à
l’INSAS et à l’INRACI. Si ces films me
plaisent, je vais voir le réalisateur comme c’est
arrivé pour Nicolas Boucart ou Serge Mirzabekiantz. Mais il
m’arrive aussi d’avoir des coups de coeur pour des
projets qu’on m’a proposés. Peu importe
si c’est moi qui vais vers les réalisateurs ou le
contraire, mon souhait est avant tout de travailler dans le long terme
avec les gens. Les «one shot», ça ne
m’intéresse pas.
Quel est l’horaire de travail?
Il n’y en a pas vraiment
en fait! Cela peut vraiment varier. En moyenne, quand il n’y
a pas de tournage, c’est de 8h à 19h. Mais
ça peut aussi devenir 6h-23h quand on est sur des tournages
par exemple.
Vous vous rendez systématiquement sur les tournages?
Je m’y rends si c’est nécessaire, s’il y a des soucis. Mais, en tant que producteur, j’y vais de moins en moins. Par exemple, je suis allé sur le tournage du dernier long métrage de Géraldine Doignon deux ou trois fois par semaine pendant un temps et puis de moins en moins souvent. Tandis qu’auparavant, en tant que régisseur général ou directeur de production, j’étais constamment sur le plateau. Cependant, je pense que c’est bien d’avoir une distance par rapport à ce qui se passe sur le plateau. S’il y a des soucis, des mésententes dans l’équipe, etc., c’est toujours bien qu’il y ait quelqu’un avec un regard extérieur qui puisse départager les choses. C’est bien de ne pas avoir le nez dedans.
Pourquoi avez-vous eu envie de travailler dans le milieu du cinéma? Qu’est-ce qui vous a attiré?
Le cinéma en
général m’attirait. J’ai
toujours adoré aller au cinéma, j’y
allais très souvent étant jeune. Il y avait une
certaine attirance mais qui ne s’est pas
concrétisée par une envie de travailler pour un
poste en particulier. Et puis, quand j’ai voulu reprendre des
études, j’avais envie d’essayer une
école de cinéma, même si je ne savais
pas vraiment où j’allais.
Quels sont les points positifs et négatifs de votre métier?
Comme points positifs, je dirais
que j’ai la chance de faire quelque chose que
j’adore et qui me passionne. Du coup, ça
éclipse tous les côtés un peu plus
difficiles comme les horaires par exemple. Je suis entouré
de personnes avec qui j’ai envie de travailler. Comme je
l’ai dit, j’aime privilégier les
relations à long terme. A côté de cela,
il y a aussi des moments de fatigue, de déprime, de pression
financière… mais tant qu’on tourne, on
est content!
D’après vous, quelles sont les qualités qu’il faut posséder si l’on veut travailler dans ce domaine?
D’abord, il faut une
envie vitale, on ne
s’improvise pas producteur! Et puis, comme c’est le
cas
dans le milieu du cinéma en général,
je dirais
qu’il faut de la persévérance, ne pas
se
décourager trop vite. Il faut aussi être capable
de
gérer la pression et rester le plus calme possible.
Parlez-nous du métier d’assistant de production…
Même si certains hommes occupent parfois cette fonction, ce sont surtout des femmes que l’on retrouve à ce poste. Tout comme les scriptes. Je dirais qu’il y a deux types d’assistante: celle qui travaille sur un plateau de tournage et assiste le directeur de production pour un film et celle qui travaille dans une boite de production et qui assiste le producteur. Sur un plateau, elle s’occupe de plein de choses: feuille de service, salaires, organisation du transport, etc. Elle travaille aussi en collaboration avec le régisseur général. Dans une société de production, elle est assez polyvalente aussi. Ca va de la lecture de scénario à l’organisation de voyages, d’avant premières, etc., en passant par de la traduction ou de la comptabilité. Mais tout dépend aussi du producteur et de la confiance et de la liberté qu’on lui donne.
Quels sont les autres professionnels que vous côtoyez?
Outre tous les autres
métiers du
cinéma, je vois aussi des comptables, des experts
comptables,
des financiers, des personnes de la Communauté
française,
d’autres institutions, etc. Je rencontre aussi des directeurs
de
festivals, de chaines de télé, etc.
Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui a envie de se lancer dans le milieu?
J’enseigne la production
à l’INRACI et je dis aux étudiants que
s’ils ont envie de devenirs réalisateurs
ou producteurs, il faut qu’ils se donnent les moyens de le
faire.
Il faut, comme je l’ai dit, des qualités de
persévérance quasi obsessionnelle, une envie
vitale.
S’ils ont ça, ils pourront faire de beaux projets
et les
choses viendront naturellement.